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Déambulations germaniques – Récit de notre séjour en Allemagne

Par le 1 mai 2016

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Arrivée à Essen et séjour en Allemagne

Essen, ancienne ville minière entièrement détruite lors de la seconde guerre mondiale, puis reconstruite en buildings éparses et larges avenues rutilantes, elle sera notre première étape de ce tour du monde. À seulement 430 kilomètres de Strasbourg, on a décidé de commencer doucement, rien ne sert de courir, il faut partir à point comme dirait l’autre, et puis la leçon du premier jour nous a enseigné que pour un voyage de cette envergure, mieux vaut ne pas vouloir aller plus vite que la musique. Nous descendons du bus, déjà prêts à en découdre avec cette nouvelle terra incognita, tous les sens en alerte pour réussir à trouver notre chemin à travers cette jungle urbaine ; Louise jette un coup d’oeil à son Iphone : « c’est toujours tout droit, puis à gauche dans 400 mètres »… C’est beau la technologie.

essen-amisDix minutes de marche plus tard, on sonne à ce qui nous semble être la maison de nos amis allemands, un « Wech les gros ! » retentit par la fenêtre, pas de doute, nous sommes arrivés à bon port. Bières fraiches et petits fours, Johannes nous accueille comme des rois. Il est ravi de pouvoir enfin nous rendre la pareille. Il faut dire que depuis notre master, à chaque fois que l’on s’est revu, c’est lui qui descendait à Marseille. Katarina ne tarde pas à rentrer de son opéra et, comme il en avait été convenu, on ne converse plus qu’en anglais, that was the deal. La pauvre, lors de nos dernières retrouvailles, en bonnes grenouilles que nous sommes, nous ne l’avons pas épargnée, « on est en France, on parle français ! ». Maintenant elle la tient sa revanche, et elle en profite pour nous faire un cours de remise à niveau, déformation professionnelle oblige. On ne s’attendait pas à être aussi rouillés.

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sejour-allemagne-munsterMinuit sonne, les paupières se font lourdes, les nôtres y compris. Le bus c’est comme ça, on ne fait rien à part dormir et écouter de la musique et pourtant les batteries se vident. La route dévore notre énergie en échange des merveilles qu’elle nous offre à contempler. Johannes et Katarina vont se coucher, ils travaillent le lendemain et se lèvent à 5h30. De notre côté, nous gonflons le matelas, sortons nos sacs-de-couchage et faisons le point sur la suite des événements. Trois bâillements plus tard nous dormons à poings fermés.

Notre séjour en terre germanique se déroule au fil de nos déambulations à bicyclettes, visites de musées et blondes houblonnées occupent également nos journées. Le soir, nous retrouvons nos hôtes autour de quelques chopines et nous nous remémorons nos péripéties communes dans un anglais approximatif, enfin, cela vaut pour le camp français, rien n’est à redire pour nos cousins germains, ils manient la langue de Shakespeare avec une aisance déconcertante.

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Tout pouce tendu –  direction Prague

Cinq jours se sont écoulés quand nous décidons de remettre les voiles, vers Prague cette fois, la capitale tchèque. Les cartons pour l’autostop sont prêts, le couchsurfing est réservé, il est déjà l’heure de dire adieu à nos amis. Le voyage est fait de rencontres, de retrouvailles et d’aurevoirs. Il faut savoir garder son cap, ce qui n’est pas chose aisée, le cœur s’endurcit. Johannes nous laisse dans une station essence à la sortie de Dortmund, le froid matinal nous mord le visage dès que nous sortons de sa voiture. Trois coups de klaxon et nous sommes à nouveau seuls, le pouce tendu, impression de déjà vu…

Encore une fois les voitures défilent sans nous voir, encore une fois le doute nous gagne. Une heure passe. Notre bonne étoile semble nous avoir abandonné sur ce coup-là, mais cette fois-ci, pas de retour en arrière possible. On s’avance vers les personnes qui font le plein de carburant. Toutes voudraient nous prendre dans leur voiture, malheureusement elles ne vont pas assez loin, ou pas dans la bonne direction, ou sont trop chargées, ou trop pressées, ou trop… ah non, celle-là ne veut tout simplement pas. Plus tard, un de nos hôtes nous dira qu’en réalité les gens aimeraient pouvoir nous prendre, ils le souhaite vraiment, et ils s’en veulent de rester prisonniers de leurs peurs ou de leur individualisme, et qu’en fin de compte ils envient notre liberté ; les perdants dans l’histoire, ce n’est pas nous. C’est une pensée qui nous rassure.

sejour-allemagne-auto-stopUn petit papi s’approche, la barbe ébouriffée, les yeux encore lourds de sommeil, il vient gonfler ses roues. On se présente, lui donne notre direction et lui demande s’il veut bien nous accueillir dans sa voiture, sans trop y croire… « Yes ». Yes, quoi yes ? On lui redemande, au cas où nous n’aurions pas bien saisi… « Kassel ? I can drive you there ». Un peu sonnés, on ne réagit pas tout de suite, puis, quand l’information parvient à se frayer un chemin jusqu’au cerveau, on lui jette presque les sacs dans le coffre et nous avec, de peur de le voir s’échapper.

Nous le savons depuis longtemps, le plus dur c’est de sortir des villes, une fois dehors, la route nous appartient. Les bonnes âmes s’enchaînent et nous prenons place à bord de leurs carrosses. Chacun y va de sa petite histoire : l’un a partagé un appart avec un groupe de français pendant deux ans en Australie, il nous sort alors les quelques mots qu’il a appris dans notre langue, rien de bien flatteur ; l’autre a dû, il y a quelques mois de cela, se dévêtir intégralement devant un gendarme, képi vissé sur la tête, gants en latex, lors d’un contrôle à la frontière belge, suite aux attentas de Paris ; une autre encore s’est déjà retrouvée en maillot au beau milieu d’Ankara car sa chambre d’hôtel avait pris feu, toutes ses affaires parties en fumée, elle s’est vu contrainte de rentrer chez elle avec sa serviette de bain comme seul bagage, c’était le deuxième jour de ses vacances… Le stop est comme un livre dont on ne se lasse pas de tourner les pages, le petit plus c’est que les histoires sont vraies et les personnages de chair.

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Et qui a dit que ça ne marchait pas en Allemagne ? Un peu honteux, on s’excuse silencieusement auprès de tous ces chauffeurs bienveillants pour les mauvaises pensées que l’on a pu avoir au départ de notre voyage. Même perdus au milieu de l’Allemagne de l’Est, il s’est trouvé un couple de retraités assez serviables pour nous faire une place au chaud dans leur véhicule, alors que la peur de trimbaler deux jeunes voyous se lisait clairement dans leurs regards. Mais leur humanité a eu le dessus, ils n’ont pas réussi à nous ignorer, seuls et grelotants dans ce no man’s land.

À Dresden, un peu avant la frontière tchèque, on a bien cru devoir passer la nuit dans le Mc Do d’à côté. Au bout d’une heure d’attente, la pluie et le froid ont failli avoir raison de notre patience et, au moment où l’on y croyait plus, une fourgonnette vert bouteille s’est arrêtée devant nous : « COME ! » s’est écrié Attila, une armoire à glace à la voix caverneuse, crâne rasé, barbe hirsute et tatouages gothiques. Mais sous ses apparences de brute, cet expatrié hongrois se révèle n’être en réalité qu’un gros nounours au cœur d’artichaut, qui n’arrête pas de nous proposer des clopes et des biscuits, et nous dit également de faire attention aux personnes louches que l’on pourrait croiser sur la route, on sourit doucement. Il profite de ses trois jours de congés pour rendre visite à sa mère… à Budapest ! S’en suit alors deux heures de métal hongrois à fond dans les oreilles, jusqu’à Prague.

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2 Commentaires
  1. Répondre

    Cam

    6 mai 2016

    Merci merci – encore encore – on est dans votre petite poche …. si si la toute petite là!
    Bisous

  2. Répondre

    Cailliau Eliane

    1 mai 2016

    SUPER ! Que d’émotions et de suspens ! vas s’arrêter …ou pas ? des gens qui savent accueillir il y en a partout !
    Que de richesse ! allez bon vent on vous embrasse !!

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