2. Répubique Tchèque Europe Récits de voyage

Prague, de rencontres en cartes postales

Par le 2 juin 2016

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Le pouce et la bière – Arrivée à Prague

En périphérie de Prague, pour ne pas déroger aux lois universelles qui régissent les grandes villes, nous tombons dans les buchons. Attila, à qui il reste encore deux pays à traverser décide de nous laisser dans une petite station du bord de route pour ne pas à avoir à traverser la ville. Merci beaucoup mais, comment rejoint-on le centre ? Le voilà qui sort de sa voiture et se dirige vers la boutique d’un pas décidé, les gens s’écartent sur son passage, sans broncher. Je lui emboîte le pas sans être certain de faire le même effet. À la caisse, il demande à la vendeuse la marche à suivre pour rejoindre le centre de Prague, d’abord en allemand, puis en hongrois, puis en germano-hongrois saupoudré de quelques mots tchèques. Au bout de dix minutes de gymnastique linguistique elle semble enfin comprendre ce qu’on lui veut. À son tour elle fait appel à un client, puis à un deuxième, pour m’aider avec les quatre mots d’anglais qu’il connaît : yes, no, street et center ; c’est largement suffisant.

biere-prague-pilsenerQuelques couronnes tchèques retirées à un distributeur et cinq arrêts de métro plus loin, nous voilà dans le centre ville en train de siroter une bière à la source, la République tchèque étant le berceau de la pilsner. Devant le prix dérisoire de la pinte, on décide d’en prendre une autre, et c’est qu’une fois bien pleins qu’on reprend le métro pour nous rendre en banlieue cette fois, où nous attend notre hôte de cette semaine. L’itinéraire qu’il nous a donné est facile à suivre et nous ne tardons pas à nous retrouver devant son portail, derrière lequel deux pitbulls sont sur le qui-vive. L’un est gras comme un goret et l’autre a un strabisme qui lui enlève toute crédibilité, rien de bien effrayant mais tout de même, nous préférons attendre le maître pour rentrer. Todd, la quarantaine bien tassée, casquette vissée au crâne, le regard perçant derrière ses lunettes aux verres oranges vient nous ouvrir la porte. On sent tout de suite qu’il a l’habitude d’accueillir des voyageurs de tous bords à sa façon de nous parler anglais, lentement, en détachant bien chaque mot pour s’assurer qu’on le comprenne. Sa façon de nous recevoir aussi dénote de sa grande expérience en la matière. Il se doute que l’on est fatigués et va à l’essentiel, nous indiquant où poser nos affaires, notre lit, la douche, la cuisine, où brancher nos téléphones, puis sort dans le jardin pour nous laisser nous installer tranquillement.

Un peu surpris par cette façon de faire peu banale, on défait nos sacs tout en regardant autour de nous. Des cartes géographiques d’échelles variées habillent le séjour, on ne reconnaît pas toutes les régions du monde, un buffet recouvert de petits mots de remerciement des couchsurfeurs précédents trône dans un coin de la salle à manger, la vaisselle du jour finit de s’égoutter sur l’évier, le canapé soupir de devoir supporter deux baroudeurs de plus… C’est frugal, les murs sont décrépis, cet endroit n’a rien de douillet et pourtant on n’y est de suite à notre aise. Il est emprunt d’une atmosphère simpliste et sincère qui le rend familier. On sent qu’il est fait pour réunir les gens, qu’importe d’où ils viennent. La chambre où l’on a posé nos oreillers n’est en rien comparable à tout ce que l’on a pu connaître jusqu’à ce jour. C’est une pièce unique dans laquelle tout un amoncellement de planches et de poutres ont été enchevêtrées, de telle sorte à créer un agencement de petites alcôves, les unes sur les autres, pouvant accueillir une quinzaine de personnes. Nous replongeons en enfance, du temps où un simple drap tendu entre deux lits superposés nous servait de cabane. Aldo, un jeune italien, occupe la niche à côté de la nôtre. Ce lieu est dingue, on est conquis.

Entre nomades – Partage de vagabondages

Quinze minutes plus tard, Todd revient s’asseoir pour discuter. Il veut tout savoir, les questions fusent. Non pas par méfiance ou autre curiosité mal placée, mais par réel intérêt à ce que nous sommes et ce que nous faisons. Passionné de voyage, il bondit de sa chaise dès qu’on lui fait part de notre projet. Il fouille alors dans ses tiroirs desquels il sort tout un tas de cartes qu’il étale sur la table, et se met à tracer l’itinéraire de notre périple autour de la planète avec nous. Ce type est impressionnant, tous les 100 km notre doigt bute sur un lieu à la consonance exotique, d’où il nous raconte une anecdote qu’il a réellement vécu. Nous apprenons par la suite qu’il a bossé comme agent de terrain pour MSF. Envoyé en mission aux quatre coins de la planète, il a déjà eu 1000 vies. Américain d’origine, il s’est finalement laissé séduire par une jeune tchèque et décidé de poser ses valises à Prague, il y a une quinzaine d’années de cela.

arrivee-pragueOn boit ses paroles, notant dans un coin de notre tête tous les bons conseils à prendre : « du côté Ouest de la Turquie tout le monde vous dira qu’il ne faut pas se rendre au Kurdistan, que c’est dangereux, qu’il n’y a que des bandits… Mais ne les écoutez pas, les kurdes sont des gens très hospitaliers qui se feront toujours une joie de vous venir en aide. Il faut absolument que vous vous arrêtiez à Ishak Pasha, près de la frontière iranienne, cet endroit est magnifique. Quand les américains s’apprêtaient à attaquer l’Irak, je voyageait dans le sud, le long de la frontière syrienne, il y avait des convois de blindés sur des centaines de kilomètres. Quand je suis arrivé à Kiziltepe, je me croyais dans une base des États-Unis, c’était dingue. Si vous faites du stop sur le plateau anatolien, vous vous croirez sur une autre planète, des paysages immenses, désertiques, mais les gens sont tellement avenants là-bas, vous n’aurez même pas besoin de tendre le pouce pour qu’une voiture s’arrête. Par contre, méfiez-vous des autorités, ils sont corrompus jusqu’à l’os et vous emmerderons. Pour passer en Iran, mieux vaut se rendre à Kapiköy, c’est plus loin mais vous aurez moins de problèmes, car à Bazargan les douaniers sont chiants et feront de leur mieux pour vous soutirer un maximum d’argent. Une fois en Iran, Chiraz vaut vraiment le détour. Je me souviens d’un jour où… » Stop, le disque dur est plein, on a les neurones qui surchauffent, la suite des aventures sera pour plus tard. Les kilomètres emmagasinés au compteur aujourd’hui nous ont mis KO, on va se coucher en lui souhaitant de beaux rêves.

De clochers en clichés – Visite de la ville

Le lendemain, nous nous mettons en marche le long de la Vltava en direction du centre historique, avec la visite de la ville inscrite au programme de la journée, et des jours suivants. Prague est vendue par les tours opérators comme l’une des plus éblouissantes cité d’Europe. Avec ses tours gothiques, ses innombrables statues qui vous toisent à chaque coin de rue, ses églises baroques, ses châteaux, son architecture débridée… On évolue dans un décor de carte postale grandeur nature en s’en mettant plein la vue. Il est vrai que cette ville est faite pour plaire, mais c’est sans compter sur son flot incessant de touristes dont nous venons nous-même gonfler les rangs, et encore, nous ne sommes qu’à la basse saison. Un journaliste a d’ailleurs écrit que le pont Charles ressemblait à une forêt ondulante, avec des selfie-sticks en guise de branches. Les semelles chauffent, l’appareil photo aussi. On se perd dans les ruelles pavées, la foule nous emporte, on se noie.

clochers-pragueEn fin d’après-midi, on décide de prendre un peu de hauteur sur les collines qui dominent la ville pour fuir la marée humaine. On trouve alors refuge dans un parc ombragé duquel la vue sur la Vltava et les ponts qui la parent est magnifique. Nous sommes loin d’être les seuls en ces lieux mais le coin est calme, propice à la contemplation, on respire de nouveau. On reste là à admirer le soir qui tombe sur la ville et les clochers qui s’embrasent. Les teintes sont plus chaudes, l’atmosphère se radoucit, ce moment a quelque chose de magique. Puis, le soleil finit de s’enfoncer derrière l’horizon en tirant à lui toutes les couleurs. Nous rentrons.

Les jours qui suivent voient débarquer d’autres voyageurs chez Todd. Nous faisons alors la connaissance de Anni la finlandaise, Renata l’ukrainienne, un polonais et un couple d’allemands dont les noms nous échappent. Chacun se raconte ses péripéties, dépeint le paysage qu’il a laissé derrière lui, les gens que l’on rencontre plus loin sur la route. La pâte prend, les yeux brillent, les sourires éclairent les visages, l’interculturalité, cette vieille magicienne, a encore fait mouche.

On laisse là ce joyeux microcosme le temps d’aller visiter les monuments historiques qui manquent à notre palmarès. C’est dingue ce besoin que l’on a de vouloir poser nos yeux sur les spots qui ornent les guides touristiques. Comme si le fait de fouler ces lieux de nos propres pas attestait bien de notre présence à Prague, et le sentiment de rater quelque chose si l’on passe à côté. Alors oui, cette église est somptueuse, mais elle ne diffère pas vraiment des dix précédentes si ce n’est par son plafond qui est peut-être un peu plus doré, ou alors est-ce un tel qui y a enfilé une couronne ? On ne sait plus trop. Les monuments s’enchaînent et finissent par tous se ressembler, mais nous pouvons maintenant fanfaronner en clamant haut et fort à qui veut l’entendre qu’on y était, si si, on a la photo ! Folie occidentale que son tourisme consumériste et compulsif.

bar-underground-pragueUne fois assouvi cet appétit cartepostalesque, on rejoint notre petit groupe de globetrotteurs pour sortir boire un coup dans un de ces bars underground dont Prague a le secret. Le pub Usuzu par exemple : dissimulée au creux d’un carrefour, les murs moribonds, l’entrée n’invite vraiment pas le passant à vouloir s’y arrêter. Mais une fois passé le pas de la porte, c’est tout un univers de galeries voûtées à la lumière tamisée qui, dans un dédale labyrinthesque, vous conduit d’étage en étage pour savourer une bière dans l’ambiance qui vous plaira. Chaque salle a son style propre, que ce soit au niveau sonore comme pour le décor, il y en a pour tous les goûts.

Cinq jours s’écoulent ainsi avant que le pouce nous démange à nouveau. On en a assez de Prague, on a envie d’ailleurs, de campagne, de verdure. On plie nos bagages, on sert dans les bras nos amis du moment, on échange les contacts et on continue vers l’Est. Derrière l’horizon c’est la Slovaquie...

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Duong Thu Huong
(écrivaine vietnamienne)

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