Récits de voyage

AMAO, tisser des liens…

Par le 16 mars 2016

AMAO …

Le nom de notre projet, AMAO, fait référence à une nouvelle écrite par Tahar Ben Jelloun en 1976, dans son livre intitulé “Les amandiers sont morts de leurs blessures”. Voici la nouvelle en question :

 

Lee Jeffries Photography - Homeless

Lee Jeffries Photography – Homeless

Un homme venu d’une autre durée

« Il a la peau brune, des cheveux crépus, de grandes mains calleuses noircies par le travail. Son visage sourit et son front dessine des rides serrées. Il a quarante ans, peut-être moins.
Cet homme, habillé de gris, a pris le métro à la station Denfert-Rochereau, direction Porte-de-la-Chapelle.
D’où vient-il ? Peu importe ! Son visage, ses gestes, son sourire disent assez qu’il n’est pas d’ici. Ce n’est pas un touriste non plus. Il est venu d’ailleurs, de l’autre côté des montagnes, de l’autre côté des mers. Il est venu d’une autre durée, la différence entre les dents. Il est venu seul. Une parenthèse dans sa vie. Une parenthèse qui dure depuis bientôt sept ans. Il habite dans une petite chambre, dans le dix-huitième. Il n’est pas triste. Il sourit et cherche parmi les voyageurs un regard, un signe.

Je suis petit dans ma solitude. Mais je ris. Tiens, je ne me suis pas rasé ce matin. Ce n’est pas grave. Personne ne me regarde. Ils lisent. Dans les couloirs, ils courent. Dans le métro, ils lisent. Ils ne perdent pas de temps. Moi, je m’arrête dans les couloirs. J’écoute les jeunes qui chantent. Je ris. Je plaisante. Je vais parler à quelqu’un, n’importe qui. Non. Il va me prendre pour un mendiant. Qu’est-ce qu’un mendiant dans ce pays ? Je n’en ai jamais vu. Des gens descendent, se bousculent. D’autres montent. J’ai l’impression qu’ils se ressemblent. Je vais parler à ce couple. Je vais m’asseoir en face de lui, puisque la place est libre, et je vais lui dire quelque chose de gentil : Aaaaa… Maaaaa… Ooooo…

Ils ont peur. Je ne voulais pas les effrayer. La femme serre le bras de son homme. Elle compte les stations sur le tableau. Je leur fais un grand sourire et reprends : Aaaaa… Maaaaa… Ooooo… Ils se lèvent et vont s’installer à l’autre bout du wagon. Je ne voulais pas les embêter. Les autres voyageurs commencent à me regarder. Ils se disent : quel homme étrange ! D’où vient-il ? Je me tourne vers un groupe de voyageurs. Rien sur le visage. La fatigue. Je gesticule. Je souris et leur dis : Aaaaa… Maaaaa… Ooooo… Il est fou. Il est saoul. Il est bizarre. Il peut être dangereux. Inquiétant. Quelle langue est-ce? Il n’est pas rasé. J’ai peur. Il n’est pas de chez nous, il a les cheveux crépus. Il faut l’enfermer.
Qu’est-ce qu’il veut dire ? Il ne se sent pas bien. Qu’est-ce qu’il veut ?

Rien. Je ne voulais rien dire. Je voulais parler. Parler avec quelqu’un. Parler du temps qu’il fait. Parler de mon pays ; c’est le printemps chez moi ; le parfum des fleurs ; la couleur de l’herbe ; les yeux des enfants ; le soleil ; la violence du besoin ; le chômage ; la misère que j’ai fuie. On irait prendre un café, échanger nos adresses…
Tiens, c’est le contrôleur. Je sors mon ticket, ma carte de séjour, ma carte de travail, mon passeport. C’est machinal. Je sors aussi la photo de mes enfants. Ils sont trois, beaux comme des soleils. Ma fille est une petite gazelle ; elle a des diamants dans les yeux. Mon aîné va à l’école et joue avec les nuages. L’autre s’occupe des brebis.
Je montre tout. Il fait un trou dans le ticket et ne me regarde même pas. Je vais lui parler. Il faut qu’il me regarde. Je mets ma main sur son épaule. Je lui souris et lui dis : Aaaaa… Maaaaa… Ooooo… Il met son doigt sur la tempe et le tourne. Je relève le col de mon pardessus et me regarde dans la vitre :
Tu es fou. Bizarre. Dangereux ? Non. Tu es seul. Invisible. Transparent. C’est pour cela qu’on te marche dessus.
Je n’ai plus l’imagination. L’usine ne s’arrêtera pas. Il y aura toujours des nuages sur la ville. Dans le métro, ce sera l’indifférence du métal. C’est triste. Le rêve, ce sera pour une autre fois. A la fin du mois, j’irai à la poste envoyer un mandat à ma femme. A la fin du mois, je n’irai pas à la poste. Je retourne chez moi.

Il descend au terminus, met les mains dans les poches et se dirige, sans se presser, vers la sortie. »

AMAO – un Retour à l’Alter

amao-traces-de-pas

À l’image de cet “homme venu d’une autre durée” qui tente de communiquer avec les personnes qu’il croise, des personnes qu’il ne connaît pas, issues d’une culture différente de la sienne, des personnes avec lesquelles il tente de partager son histoire, son parcours, ses origines, nous ferons de même pendant notre voyage : tenter de partager ce que nous sommes avec toutes ces personnes que nous croiserons sur notre route et apprendre en retour à les connaître. En somme nous comptons vivre l’alchimie interculturelle ! Et en écho aux mots qu’il prononce pour chercher à nouer le dialogue avec les voyageurs qui l’entourent, notre projet a pour ambition de tisser des liens entre les différentes cultures auxquelles nous seront confrontées, pour une meilleure compréhension entre les peuples… d’où notre choix de l’appeler Amao.

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine conduit à la violence. » Michael Moore

.

Alors je vous l’accorde, ce texte n’est, au final, pas très joyeux. Drôle d’idée que d’avoir choisi celui-ci pour l’intitulé de notre projet censé, au contraire, apporter un peu d’espoir dans ce monde qui ne tourne pas rond, certes. Mais justement, à nous de réinventer la fin de l’histoire ! Ensemble, agitons les consciences et participons à un meilleur vivre ensemble !

Pour ce qui est de notre slogan “Un retour à l’Alter”, c’est un petit jeu de mot entre l’expression “retour à la terre”, utilisée aujourd’hui pour évoquer le phénomène néo-rural, c’est-à-dire l’engouement croissant que les citadins ont pour les campagnes, avec cette idée de retour aux sources, d’authenticité, de mieux-vivre, de vérité, de renaissance qui serait liée à la terre ; et retour à l’ “Alter”, c’est-à-dire retour à l’ “Autre”. Bref, sans vouloir vous embarquer dans un délire d’écolo-intello-humaniste, ce slogan traduit notre désir, à travers ce tour du monde, de vouloir reconnecter l’humain à son environnement et les humains entre eux.

.

« Quoique nos valeurs culturelles soient très différentes, il n’en est pas moins une réalité biologique qui nous concerne tous, nous sommes des êtres humains. Nous ne pouvons effacer cette réalité qui nous lie les uns aux autres. Que la géographie, l’histoire et l’environnement fassent évoluer les cultures différemment ne change pas le principal, nous sommes tous de la même espèce. » Élodie Gérôme

TAGS
RELATED POSTS

Laisser un commentaire

CommentLuv badge

Rom & Lou
Strasbourg, France

Animés par la même passion du voyage, nous avons décidé de nous embarquer pour un tour du monde de deux ans. Un voyage à la découverte des savoirs précieux pouvant faire évoluer positivement nos sociétés de demain : AMAO est né. Vous souhaitez en savoir plus ? Rendez-vous sur la page "A propos de nous".

Un long voyage


Nous sommes parti.e.s depuis 526 jours 5 heures 59 minutes 16 secondes

Où sommes-nous ?

Citation du moment

"L'homme doit franchir mille cols, mille monts, mille fleuves, mille ruisseaux. Non sur des routes goudronnées ou tapissées de gravier, non sur des sentiers longeant les précipices, mais par les détours de son âme, qui lui permettent de grandir et de se comprendre."


Duong Thu Huong
(écrivaine vietnamienne)

Playlist du Monde

Une oreille sur le monde

Nos photos Instagram
  • Les magnifiques rizires de Bali the beautiful rice fields ofhellip
  • Les offrandes hindobalinaises Quelle douceur The HinduBalinese offerings Softness amaohellip
  • Lombre du volcan Semeru  laube The shadow of Semeruhellip
  • vue depuis le cratre du volcan Bromo  Java Indonsiehellip
  • Lev de soleil sur les volcans Bromo et Cemeru hellip
  • Ascension du volcan Merapi  Java 2930 mtres daltitude Danshellip
NewsLetter AMAO

Abonnez- vous à notre NewsLetter et rejoignez la Grande Famille AMAO !